Le corps des femmes 1

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Dessin de Fatima-Ezzahra Benomar

Article écrit par Emilie R, membre de la commissons Féminismes Paris, cet article n’engage  que son auteure et n’est pas rédigé au nom de la commission.

 

Voilà un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Par ce que l’image de la femme parfaite placardée en 4 par 3 partout dans toutes les villes, a autant conditionné mon enfant, que toutes les personnes qui liront ces lignes. C’est surtout au Quebec qu’ils ont théorisé et réfléchi sur les effets nauséabonds de la sexualisation à outrance des femmes dans les médias. Et le désastre que cela peut causer. Etant donné que ce thème est très vaste, et remonte loin dans l’Histoire, je segmenterais cet article. 

Je tiens déjà à dire que je me suis beaucoup inspirée du blog antisexisme.net qui est absolument à voir.

Car oui, c’est bien là le problème. Il est omniprésent, mais il est invisible. Depuis l’avènement de la société de consommation, la publicité nous conditionne pour nous faire croire à une sorte de paradis perdu, à un idéal que l’on achèterait au travers des biens de consommation. Une femme se libère grâce au nouveau Déboucheur pour chiottes, voyez. Et pour le vendre, il faut une femme parfaite, souvent -mal- retouchée, dans une position lassive. Quoi j’exagère ? Non.

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Certain.e.s se diront, que c’est pas grave, qu’on n’est pas influencé par ça. Le problème est…. Que… en fait, si. Pourquoi ?

Par ce que ces publicités se basent sur des stéréotypes de genre, comme l’indique Brigiette Grésy, dans le rapport sur l’image des femmes dans les médias : « Les stéréotypes constituent des images qui bloquent, qui figent à un instant donné, qui empêchent d’avancer et qui portent atteinte à l’estime de soi. Ils fonctionnent, à longueur de temps, comme des messages subliminaux qui confortent les rôles sociaux traditionnels et les pérennisent. » 

Des messages subliminaux. Rien que ça.

Les messages subliminaux sont des messages qui ne sont pas lus directement par une personne, mais par son subconscient. Ces messages s’impriment dans le cerveau sans que l’on y réfléchisse.

Les messages subliminaux peuvent être envoyés sous forme de visuels ou de sons très courts, imperceptibles pour la conscience. Cependant, les multinationales, et notamment l’industrie pharmaceutique investit énormément le marketing, pour envoyer des messages subliminaux sous forme de répétition, afin d’induire des informations dans l’inconscient du grand public. Le but est de changer le comportement individuel. On stimule l’acheteur par un visuel attrayant, une couleur tape-à-l’oeil, une senteur exquise.

Le CRTC interdit la diffusion de messages subliminaux dans ces publicités, mais on sait que cette pratique est quand même utilisée au grand jour par des marques telles que Absolute Vodka ou Heineken.

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« 9.1 (1) Il est interdit à une station ou à un exploitant de réseau de diffuser sciemment du matériel publicitaire qui fait usage d’un dispositif subliminal.

(2) Aux fins du paragraphe (1), ‘dispositif subliminal’ désigne un dispositif technique utilisé pour transmettre ou tenter de transmettre un message à une personne au moyen d’images ou de sons de très courte durée ou par tout autre moyen sans que celle-ci ait conscience qu’un tel dispositif est utilisé ou sans qu’elle ait conscience de la teneur du message que l’on transmet ou que l’on tente de transmettre ainsi. »

à lire aussi : Six bonnes raisons d’être concerné par la promotion et la publicité des médicaments

Le but de ces changements de comportement n’est autre que lucratif. Ces messages sont envoyés dans le seul but que de faire vendre.

Mais quoi de plus efficace pour faire vendre que de se baser sur les stéréotypes, et les fantasmes ?

La femme-objet : L’objectivation des femmes

LE statut de femme objet est source de contradiction dans les milieux féministes. Certains pensent que prôner une féminité équivaut à reprendre le pouvoir sur notre corps et notre image, d’autres pensent que ce n’est que le reflet d’une aliénation dont sont victimes les femmes depuis l’antitiquité. En effet, le système de pensée en Grèce Antique était basé sur une dichotomie Corps/Esprit. Les hommes représentent ce qu’il y a de plus noble, l’esprit, et les femmes, représentent le corps. Ce système induit une chaîne de rapports infériorité supériorité, le corps étant bien évidemment inférieur à l’esprit. Cette dichotomie s’est retranscrite dans la tradition judéo-chrétienne, les femmes sont considérées comme des êtres inférieurs, des tentatrices du mal. L’exemple le plus connu est celui d’Eve, qui par soif de savoir, croque dans la pomme et entraîne son expulsion ainsi que celle d’Adam, du Jardin d’Eden. LE terme grec Hysterie, vient du fait qu’ils croyaient que l’utérus des femmes était une bête indomptable et dangereuse, qu’il fallait apaiser à coup de grossesses successives. Dans la religion chrétienne, les femmes qui sont portées comme des modèles de vertue, sont des mères. Marie, la mère de Jésus Christ, est glorifiée comme étant le modèle de mère à laquelle tout le monde doit ressembler. Toute la sexualité féminine est passée sous silence, montrée comme source de pêchés et de honte.

Des moines cisterciens comme par exemple Bernard de Clairveaux*, ou ce que l’on peut lire dans le livre de Caroline Walker Bynum, Jesus as a mother, Studies in the Spirituality of the High Middle Ages* représentent parfois Dieu et Jesus, comme des figures maternelles, un Dieu qui nourrit les hommes de son amour, telle une mère qui nourrit l’enfant de son sein. Ils représentent la femme sous trois stéréotypes, la mère génératrice ( celle qui donne naissance ) la mère sacrifitoire ( les douleurs de l’enfantement ) et la mère nourricière qui donne de l’amour et du lait à son enfant.

Monique Dumais et Marie-Andrée Roy, dans leur livre Souffles de Femmes, lectures féministes de la religion, disent que certainsféministes prennent avec bienveillance cette vision de Dieu, mais la trouvent quand même réductrice, car la femme est réduite à son seul statut de mère. Elles se posent aussi la question de l’attribution à la fois du féminin et du masculin, qui est faite à des personnages masculins. « ne serait ce pas là la manifestation d’une colonté d’autosuffisance du côté du genre masculin et à nouveau un refus des femmes ? ».

Seln Rosemary Radford Tuether, la figure féminine dans la théologie patriarcale, ne peut intervenir que dans des rôles extrêmement limités. Des rôles de subordination ou intermédiaires, que les femmes peuvent tenir dans un ordre social patriarcal.

Selon Mélanie Klein, le corps de la femme est tant rejeté et déprecié dans la religion catholique, car le corps des femmes représente la sensualité, et la sentualité suscite la colère. Seulement, le culte de Dieu exige de bannir cette colère, Dieu est considéré comme un être bienveillant dénué de sensualité, tandis que les démons au contraire, sont représentés comme extrêmement sensuels.

Cette vision du monde a beaucoup perduré en Occident au travers les siècles, jusqu’à nos jours.

Pour en savoir plus, avoir une explication très approfondie et passionnante de la question du corps des femmes au travers l’histoire, je vous conseille de lire tous les articles de la catégorie « L’Impuissance comme Idéal de Beauté »

L’objectisation sexuelle

Andrea Dworkin «  l’intelligence d’une femme a moins d’importance que la forme de son cul »*

Cette magnifique citation, me permet d’embrailler sur le sujet principal de cet article. L’hypersexualisation des femmes dans les médias. Pourquoi le corps des femmes est-il autant objectisé ?

On dit qu’un homme laid c’est moins problématique qu’une femme laide. Mais pourquoi la laideur féminine est-elle une tare irréparable ? Et sur quoi se base cette « laideur » ?

Bien conscientes de cette nécessité d’être belle, les femmes se soucient beaucoup plus de leur apparence, que les hommes. Elles se montrent beaucoup plus anxieuses à ce sujet et pensent que leur apparence prend une part importante dans leur bien-être. 4Létude Sexuality and Exercise Motivations : Ar gay Men and Heterosexual Women Most Likely To be Motivated by Concern About Weight and Appearance ? De Sarah Grogan, Mark Conner, et Helen Smithson Original ArticleSex RolesOctober 2006, Volume 55, Issue 7, pp 567-572montr que les femmes hétérosexuelles font du sport pour modeler son corps, alors que les hommes hétérosexuels snt motivés par un esprit de compétition.

Cette volonté de plier son corps à ses désir est ancrée depuis des siècles. Une femme belle doit savoir faire abnégation de ses désirs. L’anthropologue David le Breton dit «  la beauté est le fruit d’un effort, d’une construction, d’une savante mise en scène, et non d’une nature donnée généreusement, elle se bâtit, se rehausse, s’oriente selon certaines tonalités. Elle se mérite, il faut l’entrentenir, la perfectionner, se tenir chaque jour à son chevet, pour que son éclat ne ternisse pas ». Clairement, les femmes ont le devoir d’être belle, le devoir de faire un effort considérable pour atteindre cet idéal. Cela passe par des régimes, du maquillage, l’épilation, ou plus récemment la chirurgie esthétique.

https://lesvendredisintellos.com/2012/04/27/les-mamans-vues-par-la-pub/

Par ailleurs, il ne faut pas que les femmes se limitent aux gestes d’hygiène basiques ( se laver le corps, les cheveux, les dents). Socialement, une femme sera mieux jugée si elle respecte le rituel cité plus haut, se maquiller, s’épiler. Il a été démontré par des études que la présence de poils sur une femme est considérée comme absolument dégoûtante, alors que la présence de poils sur l’homme tout à fait normale. Si les femmes ne passent pas quasiment la moitié de leur temps à combattre le naturel, et à souffrir ( « il faut souffrir pour être belle ! ») elles sont vues comme négligées, paresseuses, et pas féminines. Ce qui se cache derrière tout cela, c’est la notion fondamentale que se doit de respecter la femme : l’auto-discipline.

Mais qu’est ce que l’objectivation ? Selon la définition de Sandra Bartky :

L’objectivation sexuelle survient à chaque fois que le corps d’une femme, les parties de son corps, ou ses fonctions sexuelles, sont séparées de sa personne, réduit à l’état de simples instruments, ou considérés comme s’ils pouvaient la représenter. En d’autres termes, quand les femmes sont objectivées, elles sont traitées comme des corps – et en particulier, comme des corps qui existent pour l’utilisation et le plaisir des autres

Laura Mulvey, une feministe critique de cinéma, définit le concept de « male gaze » qui peut être traduit par le regard insistant de l’homme, dans un article intitulé Plaisir visuel et Cinéma narratif

Dans leur article fondateur, Fredrickson et Roberts mentionnent surtout le male gaze – le regard masculin objectivant – et le harcèlement sexuel, traités en partie 2. Mais l’objectivation sexuelle peut se manifester de manière encore plus violente et brutale, via des agressions sexuelles ou des viols. Lors d’un viol ou d’une agression sexuelle, la victime est traitée comme d’un objet dont l’agresseur se sert pour sa propre gratification sexuelle, sans jamais tenir compte des désirs et des besoins de sa victime. L’agresseur se rend donc propriétaire du corps de sa victime. C’est cette forme d’objectivation extrême dont nous aller traiter dans cet article.

consequences psychologiques

Nous nous situons toujours à la première étape : les expériences d’objectivation sexuelle, qui se produisent quand autrui nous traite comme un objet sexuel. Nous parlerons aussi beaucoup des conséquences pour la santé mentale des violences sexuelles. Entre le regard concupiscent et le viol, il s’agit plus d’une différence de degré que de nature. Comme le dit Sabine Lambert dans le texte Bienvenue chez les « pas nous, pas nous »5 :

« [E]ntre s’approprier verbalement le corps d’autrui, en se permettant par exemple de jauger de la fermeté des fesses, ou en y mettant une main pour s’assurer de son jugement et en laissant cette main malgré les protestations d’une femme, il n’y a pas de fossé, mais une continuité. »

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autodiscipline, contrôle et abnégation

Selon Naomi Wolf, dans The Beauty myth: how images of beauty are used against women, il y a une corrélation entre le diktat de la minceur actuelle, et la société des années 50 qui avait une image assez rétrograde des femmes. Aussi dans le livre Women’s Conflicts About Eating and Sexuality: The Relationship Between Food and Sex*aborde la relation complexe entre les femmes, nourriture et la sexualité, en passant par les idées reçues qui sont véhiculées par l’éducation et la société patriarcale. Par exemple, « A good girl don’t eat dessert », une gentille fille ne mange pas de dessert. Les auteur.e.s montrent aussi le risque pour les femmes qui ont peur de ne pas trouver de mari, de développer un trouble du comportement alimentaire. « They eat out of boredom, they eat out of anger. », on peut traduire cela par « elles mangent car elles s’ennuient, elles mangent car elles sont en colère. ». Enfin, après deux décénnies de travail pour comprendre cette folie de la nourriture, les auteur.e.s en sont venu.e.s à la conclusion que cette volonté de réprimer les désirs de nourriture était directement héritée des années 1950, période dans laquelle la sexualité féminine était fortement réprimée. Les femmes ont les mêmes schémas de culpabilité, excitation, et peur à propos de la sexualité, qu’elles ont avec la nourriture de nos jours. Elles font face à l’immense dilemme de céder à leurs désirs, et l’envie de rester une « gentille fille » avant tout. Bien sûr, la répression de la sexualité notamment aux Etats-Unis, où ont eues lieues les enquêtes, était due à la religion.

Les femmes ne doivent pas prendre d’espace.

Quand on est mince, on prend peu d’espace. Logique n’est-ce pas ? Or, on sait quelle importance à la place prise par un dominant, la place matérielle et spaciale, dans une société.

Selon Pierre Bourdieu, les actions et le comportement des hommes et des femmes sont déterminées par leur positions dans ce qu’il appelle des espaces sociaux. Il avance la pensée que tout ce que nous sommes, voulons être, en somme, notre Moi et notre Moi Idéal, est conditionné par la distinction entre dominant et dominé. Selon lui, la différenciation est un principe de pouvoir.

Les hommes ont tendance à être percus comme plus actifs, forts, dominants, et agressifs que les femmes*.

Dans le livre L’intelligence interculturelle. 15 thèmes à explorer pour travailler au contact d’autres cultures ,Michel Sauquet et Martin Vielajus abordent la distinction culturelle entre les espaces féminins et masculins. Dans un grand nombre de pays, l’espace féminin est restraint à l’intérieur, et l’espace masculin à l’exterieur. Ce modèle à longtemps prévalu en France, étiquetant la femme à sa place au foyer. Même si les femmes sont massivement arrivées sur le marché du travail, cette idée n’a pas totalement disparue. Cependant, il existe des pays où les femmes n’ont quasiment pas la possibilité de sortir de chez elles.

« La question se pose bien plus nettement dans de nombreux pays, au sein desquels les normes culturelles associent traditionnellement femme et intérieur, homme et extérieur. Ces normes « conditionnent largement pour chaque genre les activité a réaliser et les espaces fréquentables. Elles se traduisent d’abord par des situations d’absence de sortie du domicile plus fréquentes chez les femmes. » Dans l’Inde rurale du Sud par exemple, note Seemanthini Niranjana «  les termes utilisés pour désigner l’intérieur et l’extérieur n’indiquent pas seulement un espace physique […]. Appliquées à une femme, les expressions « devenir extérieure » ou « rester dehors » signifient qu’elles a ses règles, ce qui l’exclut des espaces intérieures du foyer ». En arabie Saoudite, ll’évolution vers un accès croissant des Saoudiennes à des espaces publics n’est généralement possible que lorsqu’elles sont visibles mais non « reconnaissables ». Les femmes peuvent en revanche être reconnaissables dans des espaces qui leur sont réservés et au sein desquelles elles ne portent pas le niqâb. »

Il y a ensuite ce que les internautes appellent le « man-spreading ». Cette tendance qu’on certaines personnes à s’assoir les cuisses grandes ouvertes pour prendre le plus d’espace possible. Lyndsay Kirkham, professeure d’Anglais au Humber College, c’est une métaphore pour dire qu’ils prennent plus de place. « Vous n’avez pas à être féministe pour reconnaître et être d’accord sur le fait que les hommes ont la permission de prendre plus d’espace dans notre société. ». Cette notion de « man-spreading » a enflammé la toile pendant un certain temps. Attirant les foudres des associations de « men’s rights » outre atlantique comme la Canadian Association for Equality . Le métro Philadelphien à même pris ce problème très au sérieux en créant une campagne d’affichage « Dude it’s rude . . . Two seats — really?” littéralement «  Mec, c’est malpoli…Deux sièges, vraiment? »

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Pour aller plus loin http://www.dailymail.co.uk/news/article-3110093/Are-man-spreader-bagger-U-S-brings-laws-banning-practice-Australian-commuters-think-time-follow-them.html

http://www.nytimes.com/2014/12/21/nyregion/MTA-targets-manspreading-on-new-york-city-subways.html?_r=0

avis contradictoire – par ce qu’il en faut un peu quand même – Les femmes prennent aussi de la place dans les transports

Votre corps n’est jamais assez parfait : un peu de discipline Mesdames !

On a vu plus haut que la notion de beauté depuis des siècles est intimement liée à la notion d’abnégation et de contrôle de soi. Ainsi, elle se doit d’être accompagnée de transformations du corps : épilation, coiffure, maquillage, et pour les plus extrêmes : la chirugie esthétique. Les femmes s’y plient car elles partent du principe qu’une femme laide vaut moins qu’une femme belle. Ces pratiques ont des conséquences très néfastes, voire dévastatrices sur l’esprit. Elles créent des troubles anxieux, du mal-être, une image de soi très faible. Aussi, elles peuvent favoriser les troubles du comportement alimentaire ( cf Women’s Conflicts About Eating and Sexuality: The Relationship Between Food and Sex).

Je vais revenir sur la notion de discipline dans la beauté féminine. Les philosophes Sandra Bartky et Susan Boldo, qui s’inspirent des travaux de Foucault dans Surveiller et Punir, où il écrit que le pouvoir ne s’impose plus par la force et la violence, mais par la suggestion de pratiques auto-disciplinaires. Toute la société agit comme un panoptique de prison, qui encourage les personnes à s’auto discipliner.

Le but d’un panoptique est de créer un « état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement

automatique du pouvoir ». Selon Foucault, c’est la principale forme de pouvoir exercée dans les société contemporaines.

La « discipline «  pour se faire maigrir passe par l’activité physique, mais aussi par le régime, la purgation ( vomissements ou usage de laxatifs )ou encore le jeûne.

L’autrice Mona Chollet donne en exemple dans son livre Beauté Fatale, un article de magazine féminin, comme tant d’autres, qui titre «  mincir sans y penser » tout comme cet article du Cosmopolitan « 40 astuces pour mincir sans y penser ». Ce genre d’articles, foisonnant quand on prend la peine de chercher sur internet, et trouvables dans tous les kiosques, montrent bien à quel point les femmes sont sans-cesse en train de s’auto-discipliner . Au lieu de « maigrir sans y penser » au contraire, on y pense tout le temps. Sous couvert de bienveillance avec le commencement « « Mincir », 6 petites lettres qui nous causent tant de contrariétés ! Pourtant, inutile de perdre le moral et de se plonger dans d’intemporels régimes draconiens. Parfois, il suffit simplement de connaître les bonnes astuces ! Cet article, nous propos de maigrir, tout en joie, pour être belle. Attention, ces conseils peuvent être utiles pour la santé. Mais l’effet est le même.

Les femmes ont le devoir de se maîtriser, de s’auto-discipliner, et d’avoir un contrôle sur leur corps. Les hommes eux, ont le contrôle autrui.

Des études montrent que les femmes anorexiques souffrent du fait de ne pas avoir e contrôle sur leur vie, et certaines arrivent à guerir quand leur vie se remet en ordre et qu’elles n’ont plus la sensation de ne rien contrôler. Nombre de ces personnes ont été victimes de violences (maltraitances physiques, viols, inceste). Car elles ne peuvent pas contrôler ce qu’il se passe en dehors d’elles-mêmes, elles intériorisent leur souffrance, et cherchent à contrôler leur corps.

Les femmes s’auto disciplinent aussi afin de ne pas avoir à subir la pression sociale et la stigmatisation qui est faite aux personnes obèses ou en surtpoid, qui sont considérées comme paresseuses. Les médias, comme les journaux féminins ont une importance considérable dans cette croyance ancrée, comme le prouve cette analyse datant de 2008 disant que les femmes lisant régulièrement des magazines féminins surveillent plus leur alimentation que les autres*.

Lire aussi Le Corset invisible Par Eliette Abécassis,Caroline Bongrand

Susan Bordo, explique que culturellement, le rôle des femmes est nourricier, elles font la cuisine et se chargent de faire plaisir aux autres et à leurs familles en le faisant. Elles n’ont pas pour but de se faire plaisir à elles-mêmes. C’est un rôle d’abnégation. Elles doivent répondre aux désirs des autres, et pas aux leurs. Notre culture véhicule encore énormément le rôle domestique de la femme, en mettant en avant son rôle nourricier affectif et corporel. Cette règle de construction recquiert que les femmes adoptent l’idée qu’elles doivent nourrir les autres plutôt qu’elles-même et que le « désir de prendre soin de soi et de se nourrir est avide et excessif. Comme elle l’écrit dans le livre.

Pierre Bourdieu et Michel Foucault ont soutenu que le corps est un « texte de culture ». Mais c’est aussi le lieu du contrôle social, à travers les bonnes manières, la façon de se tenir, la culture est  « faite corps » comme dirait Bourdieu. Il y a le corps intellectuel pensé par Platon, Saint Augustin et Freud, mais il y a aussi le corps docile, régulé par les normes de la culture selon Foucault.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marie dit :

    L’auto contrôle des femmes a une autre source extrêmement puissante, léguée de génération en génération : si une femme ne tient pas fermement son activité pulsionnelle, elle risque de se retrouver enceinte. Nous négligeons trop souvent ce dont nous héritons dans l’identification et l’in-dit. La contraception est extrêmement récente. Notre espèce a passé des siècles sans autre solution que l’abstinence pour protéger les jeunes filles et les enfants à naître d’une grossesse dangereuse lorsque le corps n’est pas mature. La femme devait savoir se « tenir » et tout était mis en oeuvre dans l’éducation silencieuse pour étouffer son désir, le rediriger, pour « tricher » sur son âge et faire durer la période de l’enfance lui assurant une relative protection de son groupe social. Suppression des signes de la puberté (poils), agrandissement des yeux par le maquillage (les yeux prennent proportionnellement plus de place dans le visage des enfants), conservation d’une silhouette fine, prépubère… Tout était fait pour retarder l’entrée dans la vie génitale et conserver les filles à la maison afin qu’elles ne risquent pas leur peau et celle des enfants à venir. Autrefois, c’était une question de survie. La limite n’est pas toujours très claire entre la protection et la domination. Toute personne ayant un jour eu besoin d’aide connait la difficulté de la relation entre protecteur et protégé (l’exemple le plus courant est celui de la parentalité). Il faut énormément de respect, d’amour, de conscience, pour protéger en laissant à l’autre sa liberté d’être. Il en faut plus encore pour admettre que protéger ne nous donne aucun droit de jouir de l’autre. Nous éduquons nos enfants pour qu’ils soient un jour autonomes, pas pour satisfaire nos désirs de pouvoir ou combler nos déficiences relationnelles. Un psychiatre tente de soigner son patient, de lui éviter la douleur, il n’attend pas de sa tâche un retour d’affection. A protéger les jeunes filles, et ce, avec toute la bienveillance du monde, les adultes les infantilisent et brident ce qui les pousse en avant. C’est une vieille sécurité qu’il faut aujourd’hui démonter. Assez tôt dans l’adolescence. Afin que les filles, retenues trop longtemps ne surinvestissent pas les signes de la génitalité par effet de balancier. (Se faire grossir les seins, les fesses, reformer les organes génitaux, grossir les lèvres…) Le corps de la femme est déjà un lieu de contrainte terrible. Par nature. Règles, grossesses, allaitements. Nous y sommes préparées par de nombreux comportements inconscients du groupe. Mais la brèche est trop belle et les manipulateurs(trices) de tous poils s’y engouffrent : les hommes de pouvoir et le grand matriarcat du marché (la société de consommation est une vaste matrice brandissant la promesse d’une protection toujours plus efficace contre la faim, les éléments, la maladie, la mort…). Les bons manipulateurs n’inventent pas de systèmes de contraintes, ils se contentent de pousser progressivement les curseurs déjà disposés par la nature. Ce ne sont pas les hommes des pays secs et chauds qui contraignent les femmes, à l’origine, c’est le climat extrêmement difficile pour la survie des nouveaux nés (risques de déshydratation pour les petits : les femmes sont astreinte à un maternage ultra vigilant, à un mouvement réduit et à de nombreuses techniques pour éviter les pertes d’eau –le vêtement en fait partie-). Les hommes, dans leur besoin de puissance, ne font que s’identifier au climat pour donner l’impression qu’ils « maîtrisent » leurs femmes. Ils se font brutaux, implacables, minéraux… Mais ils ne maîtrisent rien, ils poussent juste le bouchon un peu plus loin. Le climat dirige. Le climat impose. Et une femme ne renonce pas facilement à des comportements qui ont permis la survie de son peuple pendant des milliers d’années au sein d’un milieu hostile. Qu’il soit ultra sec, ou rayé de rivières dans lesquelles on peut se noyer, parcouru de prédateurs… Qu’est notre époque 2.0 dans la monstrueuse bibliothèque de notre évolution ? L’épaisseur d’une feuille ? Nos peurs, nos réflexes, nos désirs, ne datent pas d’hier. Nous ne vivons pas dans les seuls mots. Nous nageons dans les signes (mouvements, posture des corps, images, interactions…) Et ces océans de signes portent des valeurs qui nous échappent totalement. Pour comprendre ce qui pèse sur les femmes, il ne faut pas oublier qu’elles sont la moitié de la population d’une espèce fragile qui a traversé une histoire évolutive avec un acharnement inouï. Si nous sommes encore là, à coloniser la planète dans une vendetta redoutable contre la nature qui a fait de nous ce que nous sommes, c’est qu’on a quand même de sacrées compétences dans notre rapport au milieu qui nous a pourtant fait subir les pires atrocités. Les choix féminins, bien souvent librement consentis, ne sont pas toujours à imputer aux mâles, à la société qui les leur imposeraient. Nous sommes aussi de très bonnes manipulatrices. Il est de nombreux domaines dans lesquels les femmes font marcher les hommes sur la tête. Ce ne sont pas les hommes qui dirigent le monde capitaliste. Si vous le pensez, c’est que vous n’avez jamais mis les pieds dans une agence de pub ou un service de création de produit dans une grande entreprise ou un institut de sondage, de pré, post-test campagne… Le monde capitaliste est dirigé par « les ménagères de moins de cinquante ans ». Qui remplit le caddy ? Qui décide de la maison achetée par le foyer ? Qui met son véto sur la bagnole ? Qui décide de passer au bio ? Qui emmène ses gosses chez le toubib, chez le pédiatre ? Accepte, ou pas, le traitement, le vaccin, les lentilles, la chirurgie… ? Fait vacciner sa fille –ou pas- contre le papilloma virus ? Qui décide au final des destinations de vacance avec les mômes ? Qui habille les mêmes mômes, influence son mec (voir décide à sa place) sur ce qu’il va porter ? Qui fait non avec la tête en tirant la gueule lorsque Monsieur s’essaie au choix de la télévision ? Toutes les campagnes de pub sexistes de grande envergure ont été testées dans tous les sens, et en majorité sur des femmes, cibles systématiques. Quand on sait le pognon que représente l’achat d’espace, on n’y va pas au hasard. La véritable question est : pourquoi ça passe ? Pourquoi ça marche ? Pourquoi les femmes continuent-elles à apprécier de se voir représentées en porte-jarretelle, dans les positions de séductions les plus putassières ? Pourquoi achètent-elles des magazines de modes envahies de ces images irréelles ? Même les plus intellos d’entre-nous y succombent. Nous aimons ces représentations. Parce qu’elles sont les icônes derrière lesquelles se cache notre propre pouvoir occulte, dont nous n’avons pas pleinement conscience. Le corps féminin n’est pas « chose » dans ces images parfaites, brillantes, il est « puissance imaginaire ». Toute femme sait. Sait qu’il faut très peu de choses, lorsque l’on maîtrise les signes, pour passer de silhouette neutre traversant la ville comme une ombre à « pur fantasme ». Nous avons tous vu, sidérés, ces séances de relooking transformant un corps vécu comme laid en un corps « faisant signe » vers les autres, un corps devenant soudain beau, admirable. Les femmes sont des virtuoses du signe et rivalisent entre elles sur ce terrain comme les hommes le font entre eux dans d’autres domaines de performance. Toute femme sait que la « beauté perçue », ce qu’elle présente de signes au monde n’est pas une simple obéissance à une injonction sociale. Une femme entrelace, tisse, les formes, les couleurs, les matières en fonction de sa personnalité, de ses désirs et de ce qu’elle pense que l’on en percevra. Les femmes sont toutes des sémiologues. Des spécialistes du hors langage. Hors langage que les hommes de pouvoir s’obstinent à éradiquer car il s’agit d’une manifestation du chaos. Le signe nous échappera toujours. Comme l’expliquait Umberto Ecco dans « les limites de l’interprétation ». Le signe touche au sacré, au séparé, à l’inconscient, éternel continent noir. Et nous y évoluons bien mieux que les hommes. Nous créons encore par nos choix le marché tel qu’il est. Nous votons chaque jour avec notre porte-monnaie, ne nous trompons pas de bulletin de vote. Et regardons nous soigneusement dans la glace. Combien de femmes n’ont pas un tube de mascara dans leur attirail ? Ce mascara chargé de nous agrandir les yeux pour déclencher les réflexes de protection les plus profonds réservés à la survie des petits. Nous nous posons nous-mêmes, par des systèmes de signes complexes, dans la catégorie «fragile» (entraves à la marche, absence de poils, minceur, vêtements légers…). Nous rejouons inconsciemment ce qui nous a valu la protection de nos géniteurs. Nous prenons le risque permanent de la privation d’autonomie. A nous de voir.

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    1. Et les associations de parents d’élèves: on y compte les hommes sur les doigts d’une main quand il y en a.

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