NUIT DEBOUT : VERS UN MONDE D’ÉGALITÉ ?

NUIT DEBOUT : VERS UN MONDE D’ÉGALITÉ ?

Était-ce une grande surprise ? La pré-culture patriarcale nous avait devancé, depuis de longs siècles, partout où nous portons nos pas. Partout, elle a déroulé ses tentacules, corrompu les comportements et répandu la culture du sexisme et du viol, au travail, au foyer, dans les sphères de la citoyenneté… et jusqu’au sein du mouvement social qui se veut humaniste et émancipateur.

Alors oui, quand, ce 31 mars, les citoyennes et les citoyens de Nuit Debout ont décidé d’occuper la place de la République à Paris, puis d’autres dans je ne sais combien de villes, ils n’avaient pas encore de contre-poison. Ils n’étaient pas immunisés. Il fallait un antidote, ainsi se sont créé aussi les commissions féminismes locales de Nuit Debout.

Agressions sexuelles, propos antiféministes sur les chats, prises de parole très majoritairement masculines, harcèlements, attouchements voire viols… les femmes ont subit ici ce qu’elles subissent partout ailleurs. Un énorme défi s’imposait alors à ceux qui prétendaient révolutionner un état de fait aujourd’hui universel, le patriarcat. Sauront-ils pousser la subversion à son terme ? Aurons-nous enfin un mouvement de contestation de l’ordre établi qui interroge, qui veut renverser par la même occasion la domination masculine ?

Aujourd’hui, j’ose affirmer qu’un mouvement en faveur de cet idéal nécessaire, de cette utopie incontournable, est entrain de se former. Après quelques jours de résistance, quelques grands moments de phallocratie, des interrogations, des remises en question et plusieurs réflexions communes, un dialogue s’est enfin instauré entre la commission « féminismes » et d’autres commissions structurelles et thématiques, jusqu’à cette réunion de l’inter-commission du 29 avril (#60mars) qui a mis la question du patriarcat au point principal de son ordre du jour. Pendant deux heures, nous avons débattu de la façon dont on devait le déconstruire et le combattre.  Au menu, trouver à la fois des solutions concrètes pour ne plus admettre d’agressions sexuelles sur la place, renforcer notre identité anti-sexiste sans équivoque et recréer une atmosphère où les femmes ne se sentent et ne soient plus en danger et soient considérées comme des actrices à part entière du mouvement !

Au delà des prises de parole de la commission Féminismes que nous essayions de faire en Assemblée Générale le plus souvent que l’on peut, il a été décidé d’organiser des sessions de théâtre forum dédiés à la lutte contre les agressions sexuelles, de mettre en place un système d’alternance de prises de parole féminine / masculine en Assemblée Générale pour tendre vers la parité, de faire de l’anti-sexisme le thème de différents supports de communication sur les réseaux sociaux ou les médias (Radio Debout qui nous donne audience tous les mercredis soirs, TV-Debout, dessins debout), de mobiliser la commission « Accueil et Sérénité » avec laquelle nous travaillons de mieux en mieux avec de plus en plus de bonne volonté des deux parts pour prévenir voire intercepter et arrêter les agressions sexistes, de distribuer des sifflets aux femmes et des pistolets à eau avec de la peinture pour marquer les harceleurs et les violeurs, de mettre à disposition de la commission Féminismes un talkie-walkie pour la mettre en lien avec AS, etc.

Évidemment, nous ne saurons ignorer la récupération honteuse qu’a tenté de faire, notamment via twitter, « Fdesouche » de cette problématique qui n’intéresse en général l’extrême-droite et la fashosphère que lorsqu’il s’agit de stigmatiser les agresseurs selon leur appartenance politique ou leur taux de mélanine, en s’improvisant féministes au moment où étaient dénoncées les agressions sexuelles à Cologne, du fait que les agresseurs n’étaient pas des « français de souche » justement. Cette même extrême-droite qui, en 2012, voulait dérembourser les avortements de confort, qui, en 2013, s’opposait au mariage pour tou-te-s, qui, en 2014, dénonçait la théorie du genre dans les écoles (comprendre, des programmes de sensibilisation contre le sexisme et pour l’égalité femmes-hommes), et qui, en 2015, votait contre le rapport Tarabella pour l’égalité femmes-hommes… LOL ! Les féministes ne seront jamais dupes des basses manœuvres des mouvements conservateurs qui ne rêvent que d’une chose : détruire les acquis des droits des femmes !

À nous de travailler ensemble à imaginer (pas seulement couché-es dans nos lits mais debout dans les places) le monde de demain qui devra lutter contre toutes les formes de domination, de classe, de couleur de peau, de genre, avec toutes celles et ceux qui veulent HONNÊTEMENT un monde d’égalité !

Fatima Benomar, de la commission Féminismes

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  1. Marie dit :

    Démonter les rouages du patriarcat.
    Cesser au moment de l’éducation d’inhiber sans cesse l’émotion des garçon, leur apprendre à la dire, à l’écouter comme signe. Nous portons tous des émotions, mais les hommes sont encore dressés à devenir des machines de guerre. Et pour porter la guerre, il est avant toute chose nécessaire de déshumaniser son adversaire, de faire qu’il ne soit plus un frère (ou une soeur) pour pouvoir l’écraser sans remords. Car qui porte la main sur ceux de sa fratrie ? Ceux que l’on constitue comme semblables ? Ceux pour lesquels on ressent de l’empathie, pour lesquels on se questionne ? Il est impossible de tuer celui, celle qui me ressemble, celui, celle dont je connais les difficultés, les douleurs, les fragilités, l’histoire… Les garçons apprennent que parfois, l’autre doit être destitué de son statut d’humain pour pouvoir être détruit sans dilemme moral. Au début de la violence, juste avant son apparition, intervient le vocabulaire de déshumanisation : « rien dans le cerveau », « faune », « cadavres », « petite chose » « Je t’ai vendu sur le projet »… A chacun de ne jamais laisser passer la moindre glissade dans ce sens. Nous ne sommes ni des choses, ni des produits. A chacun aussi de se poser la question de l’autre, et de se constituer comme autre. Autre à même de répondre à la question « que ressens-tu ? ». De répondre avec franchise à la question « comment vas-tu ? » A chacun de s’interroger sur les pressions pesant sur l’autre. Combien d’hommes se posent la question de l’anxiété héritée de centaines et centaines de générations de femmes face à la grossesse qui la plupart du temps les tuait, elle ou leur enfant, ou les rendait responsable, bien souvent, seules, d’une nouvelle vie à maintenir (Seule la moitié des enfants survivaient) ? Combien de femmes se posent la question de l’effort masculin de dissimulation de l’affect et d’étanchéité à l’autre visant à faire de lui ou de l’autre une pièce de boucherie potentielle ou un tueur ? Nous avons à nous interroger, tous, sur ce que notre vieux passé, nos archaïsmes nous font porter. Nous sommes encore bien loin de la liberté et fort proche du réflexe animal. Comment s’étonner d’un regain de l’agressivité masculine (ou féminine), lorsque nous n’entendons en boucle dans les media, en entreprise, dans le sport, que les mots « compétition, conquête de marchés, concurrentiel, compétitif… » Sans parler de la rhétorique véritablement guerrière « caporal stratégique, attaque, enfoncer les lignes adverses… » Rien ne semble exister hors ces pratiques d’affrontement. Mais une question se pose, et elle devrait se poser à chaque nouvelle idée. Pour quoi faire ? Quel est le but de cette agitation ? Est-il nécessaire que nous nous écrasions tous les uns les autres pour que chacun puisse avoir à manger, de l’eau potable, un toit, une hygiène convenable et de bonnes relations avec sa famille et ses voisins, base d’un bonheur possible ? Que permet la compétitivité dans la délicatesse des soins portés à un nourrisson ? Qu’apporte la concurrence dans les processus d’écoute et de compréhension des difficultés ? Comment l’affrontement permet-il le temps nécessaire à l’intelligence ? Les valeurs du patriarcat sont aussi nocives pour les femmes que pour les hommes que l’on transforme en robocops débiles incapables de vivre sans leur rails de coke et quelques prostituées leur permettant d’oublier le vide de sentiment, de vie, de beauté qu’ils ont créé pour se constituer une armure.

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