Le harcèlement de rue : une violence banalisée

Si vous êtes une femme et que vous habitez la Région Parisienne, nous avons le regret de vous annoncer qu’il y a une chance quasi-certaine qu’un jour vous avez été / vous vous ferez agresser physiquement et/ou verbalement. Comme le montre cette effrayante étude du Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes .

Il définit le harcèlement de rue comme un »phénomène de harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans l’espace public, comme étant des manifestations du sexisme qui affectent le droit à la sécurité et limitent l’occupation de l’espace public par les femmes et leurs déplacements en son sein.

Le harcèlement de rue n’est pas de la drague. C’est une intimidation, une humiliation. Le géographe Yves Raibaud définit le harcèlement de rue comme une pratique sexiste systémique*, visant à montrer que la rue appartient à l’homme et que les femmes n’y ont pas leur place.

Mais quelles sont les causes ? Selon la sociologue Édith Maruéjouls, la rue est créée par des hommes, pour des hommes : « On n’a pas d’équipements équivalents pour les jeunes filles à ceux que la puissance publique construit pour les garçons ».

« Les skateparks et les Citystades instituent, dans l’indifférence générale, la présence des mâles dans la rue, affirme Yves Raibaud, chercheur au CNRS et spécialiste de la géographie du genre. Ces lieux s’inscrivent dans la continuité d’autres espaces où ils sont aussi dominants, comme les terrasses de cafés et les terrains de pétanque. » (source ici)

On peut essayer quelque chose : voir quelles sont les femmes qui ne sont pas en mouvement dans la rue. Selon la sociologue Édith Maruéjouls, les femmes qui ne sont pas en mouvement, sont symboliquement des prostituées.

“Les femmes n’ont pas l’insouciance des hommes.” Marie-Christine Bernard-Hohm, ethno-urbaniste.

Certains cafés sont aussi typiquement masculins. À Aubervilliers, le collectif « Place aux femmes » a entreprit d’investir les bars de cette ville, pour redonner la place aux femmes dans ces lieux.

Mais qu’est-ce que cela a-t-il donc à voir avec le harcèlement de rue ? C’est par ce que la rue est vue comme un univers masculin, où il faut montrer sa virilité, être conforme au modèle masculin. Il est d’usage pour un mâle digne de ce nom de plaire à la femelle… de lui montrer qui est le maître. Gare à celle qui pense avoir le droit de s’habiller comme elle veut, d’aller où elle veut ! Ces agressions et insultes quotidiennes sont l’empreinte de la culture du viol.

C’est quoi la culture du viol ?

C’est un terme qui est apparu dans les années 1970 aux États-Unis. Noreen Connell et Cassandra Wilson emploient ce terme dans leur livre Rape: The First Sourcebook for Women.

La culture du viol se base sur 3 aspects.

  • La négation et la minimisation du viol :  » bof ! c’est pas grave ! « 
  • La négation du non-consentement :  » Il/elle a quand même aimé ça ! »
  • Le blâme de la victime :  » Elle l’avait quand même cherché avec sa robe courte ! ».

Sachant que 27% des français-es pensent qu’une victime de viol l’a cherché si la tenue était aguichante… Le féminisme a de beaux jours devant lui.

*Se dit d’une approche scientifique des systèmes politiques, économiques, sociaux, etc., qui s’oppose à la démarche rationaliste en abordant tout problème comme un ensemble d’éléments en relations mutuelles. (Cette approche s’appuie sur les découvertes réalisées dans les autres disciplines : cybernétique et théorie de l’information, biologie, linguistique, anthropologie.)

Article rédigé par Emilie R.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Marie dit :

    Les femmes ont une place en ville : on les trouve au square. Là où elles surveillent les enfants. Il est intéressant de comparer les espaces minéraux investis par les hommes, le trottoir, le lieu sur lequel on se déplace, et les espaces protégés par la végétation où les femmes s’installent avec leurs enfants. S’opposent
    – un choix d’éradication du « naturel », sans doute dicté par la peur. Le naturel est en effet anxiogène, portant son lot d’impossible à maîtriser.
    – un lieu de mixité nature/humanité (square), plus facilement investi par les femmes, plus aptes à supporter, à respecter, les moments où la nature prend la main parce qu’elles en ont l’expérience (règles, contractions de l’utérus au moment de l’accouchement…)
    Les hommes, surtout dans les sociétés patriarcales, ont tendance à voir en la femme un prolongement de la nature, un impossible à maîtriser, avec ce que ça implique de désir de tabula-rasa, (femme objet, femme du trottoir, identifiée au mobilier urbain) et, paradoxalement, de soumission (femme nature, femme du végétal, créatrice de nouveaux êtres, associée à ce qui nous dépasse). La réintégration du végétal, des fruitiers, de la nature, partout en ville, sur les trottoirs, est un combat féministe. Le raccourci est sans doute un peu brutal, mais les hommes ont pour tendance de nier ou de transformer en objet ce qu’ils ne peuvent pas maîtriser et les rappelle à leur impuissance, impuissance non pas sexuelle, mais tout simplement à sécuriser. La nature est véritablement une hostilité permanente pour l’humain. L’homme répond par le minéral. La suppression du danger. Il faut que les garçons retrouvent leur lien au naturel, qu’il apprennent l’olfaction, le plaisir du choix des végétaux comestibles, qu’ils se reconnectent à leur émotion, à ce qui vient par nature, et non par culture, et que ce ne soit pas bloquée par les adultes. Les petits garçons ont droit aux larmes, ont le droit d’avoir peur, d’être faillibles, débordés par leurs affects. Tant qu’une mère dira : les grands garçons, ça ne pleure pas, on aura des problèmes. Les hommes ne sont pas les seuls à reproduire des erreurs d’éducation. Les femmes doivent éduquer leurs fils à la confiance en le naturel, en ses logiques. Elles doivent leur montrer que le fragile ne l’est pas toujours autant qu’on le pense. Que ce que l’on ne comprend pas est parfois bienveillant. Et les pères doivent aussi savoir pleurer, pour montrer et dire « je ne sais pas », pour montrer l’exemple. Les pères doivent se pencher avec délicatesse sur le fragile et respecter. Lorsqu’un homme frappe, c’est déjà trop tard. Ne reste que la prison et la répression. Il faut s’occuper des petits.

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